“Gilets jaunes”, “lycéens” ou simples “passants” : la vie d’après des éborgnés

Des vies “gâchées”, de l’incompréhension ou de la colère : pendant deux mois, l’AFP a recueilli le témoignage de 14 “gilets jaunes” mais aussi de “passants” ou “lycéens” grièvement blessés à l’oeil au cours des manifestations des derniers mois, au coeur des accusations de violences contre les forces de l’ordre.
A l’instar de Jérôme Rodrigues, l’une des têtes d’affiche des “gilets jaunes”, les regards mutilés de Vanessa, Patrick ou Alexandre ont été érigés en symbole des “violences policières”. 23 personnes ont affirmé avoir perdu leur oeil depuis novembre, selon les recensements faits par le journaliste indépendant David Dufresne et son projet “Allô place Beauvau ?” ou par le collectif militant “Désarmons-les”.

L’AFP a pu obtenir le témoignage de 14 de ces éborgnés, tandis que 9 ont décliné -leurs noms sont grisés dans notre tableau récapitulatif, au bas de cette infographie- (cliquez sur les noms en bleu pour en savoir plus).

Ils sont 21 hommes et 2 femmes, âgés de 14 à 59 ans, blessés à Paris, Bordeaux, Toulouse, La Réunion… Souvent, ce sont des “gilets jaunes” revendiqués, parfois des “lycéens” ou de simple “passants”, contestant tout lien avec le mouvement.

Beaucoup rendent le lanceur de balles de défense (LBD) responsable de leur blessure, mais certains pointent aussi du doigt les grenades GLI-F4, celles de désencerclement, les “DMP”, voire des grenades lacrymogènes.

Jeudi 4 avril, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué sur France 2 que “s’il y a eu des fautes, il y aura des sanctions”, ne concédant que des “fautes marginales” des forces de l’ordre, dont il a défendu l’action.

La plupart ont un diagnostic net concernant l’un de leurs yeux : pour 14 d’entre eux, selon les certificats médicaux consultés par l’AFP, la vue est perdue et/ou l’oeil n’est plus. Deux pronostics sont en évolution péjorative, vers la cécité. Dans au moins un cas, enfin, la blessure est moins visible, l’oeil toujours présent, mais seules quelques formes apparaissent.

Si certains essaient de donner un sens à cet événement, comme Patrice, 49 ans, qui y voit un “passeport pour un combat contre les armes dites non létales”, ils sont nombreux à broyer du noir, pour certains prostrés chez eux ou vivant comme des “taupes”, dans le noir. “J’aurais préféré prendre dix ans de prison”, se désole Alexandre. L’un a même affirmé à l’AFP avoir fait une tentative de suicide.

Source : “Gilets jaunes”, “lycéens” ou simples “passants” : la vie d’après des éborgnés | Factuel

Impression d’écran de l’article :