Quand Macron invite Frédéric Lordon au grand débat, la réponse « aux démolisseurs » est cinglante

Dans le cadre du grand débat national, l’Élysée pouvait difficilement inviter plus farouche opposant aux idées d’Emmanuel Macron… Jeudi 14 mars, lors d’un rassemblement à la Bourse du travail à Paris, le philosophe Frédéric Lordon a révélé une surprenante invitation devant une salle hilare.

L’Élysée a invité le philosophe anti-Macron Frédéric Lordon pour le grand débat

La réponse de Frédéric Lordon (extraits) :

« Cher monsieur Macron,

Vous comprendrez que si c’est pour venir faire tapisserie le petit doigt en l’air, au milieu des pitres façon BHL et Enthoven, ou les intellectuels de cour comme Patrick Boucheron, je préférerais avoir piscine, ou même dîner avec François Hollande…

Au moins, votre invitation ajoute-t-elle un élément supplémentaire pour documenter votre conception du débat. Savez-vous qu’à part les éditorialistes qui vous servent de laquais et répètent en boucle que “la démocratie c’est le débat”, votre grand débat, personne n’y croit ? Vous même d’ailleurs, nous ne sommes pas certains que vous y croyez…

(…) Vous détruisez le travail, vous détruisez les territoires, vous détruisez les vies et vous détruisez la planète ! Si vous vous n’avez plus aucune légitimité, le peuple lui a entièrement celle de résister à sa propre démolition. Craignez même que dans l’élan de sa fureur, il ne lui vienne à l’idée de démolir ses démolisseurs… Et comme en arriver là n’est souhaitable pour personne, il reste une solution simple, logique, et qui préserve l’intégrité de tous : monsieur Macron il faut partir ! monsieur Macron rendez les clés ! »

===========================================

Ci-dessous, la réponse filmée in extenso (14 minutes) de Frédéric Lordon :

Intervention de Frédéric LORDON (économiste & philosophe) à la Bourse du Travail de Paris le 14 mars 2019 dans le cadre du colloque “Fin du grand débat, début du grand débarras ! ”

Frédéric Lordon (extraits) :

« (…) La seule solution restante, j’en suis bien désolé, c’est de vous chasser !

(…) Avec un mort, plus exactement une morte, 22 éborgnés et 5 mains arrachées, vous vous repoudrez la perruque et vous nous dites, je cite encore : “Je n’aime pas le terme répression, parce qu’il ne correspond pas à la réalité”… La question, mais quasi psychiatrique j’en suis désolé, qui s’en suit, c’est de savoir : mais dans quelle réalité demeurez-vous ?

(…) Mais quand bien même on vous accorderait cette fable de la légitimité électorale, il n’en reste plus rien, au moment où vous avez fait du peuple un ennemi de l’Etat, peut-être même un ennemi personnel, et où en tout cas vous lui faites la guerre, avec des armes de guerre et des blessure de guerre, mesurez-vous exactement à quel point vous êtes en train de vous couvrir de honte internationale ? Le Guardian, le New-York Times, jusqu’au Financial Times, le Conseil de l’Europe, Amnesty International, l’ONU, tous sont effarés de votre violence ! Même Erdogan et Salvini ont pu s’offrir ce plaisir de gourmet de vous donner des leçons en matière de démocratie et de modération ! C’est dire jusqu’où vous êtes tombé !

(…) Solidarité internationale : Boutef bientôt dégagé ! Macron à dégager bientôt !

(…) C’est ce que les Gilets Jaunes ont très bien compris. Et c’est pourquoi ils sont en position de faire l’Histoire. D’une certaine manière monsieur Macron, vous ne cessez de les y inviter, en embastillant un jeune homme qui joue du tambour, en laissant votre police écraser à coups de botte les lunettes d’un interpelé, ou violenter des Gilets Jaunes en fauteuil roulant, monsieur Macron, en fauteuil roulant… vous fabriquez des images pour l’Histoire et vous appelez vous-même le grand vent de l’Histoire. Vous et vos semblables, qui vous en croyez la pointe avancée, il se pourrait que vous finissiez balayés par elle. C’est ainsi en effet que finissent les démolisseurs en général. Car c’est ce que vous êtes, des démolisseurs ! »